Hommage à nos libraires associés

(Billet doux)

« C’était un bonheur, mais c’était juste » : Poète anonyme

Je suis sincèrement admiratif de l’impeccable travail abattu, depuis 4 ans, par nos amis : cette remarquable captation de l’héritage rimbaldien laissé malencontreusement (mais heureusement !) en déshérence par ses héritiers putatifs. On comprend que ceux-ci soient aujourd’hui légèrement furax.

Il y a 4 ans (et même un peu moins), nos libraires étaient – tout comme moi – des béotiens en Rimbaldie (sans passeport, ni carte routière du pays, n’ayant pour tout baluchon que quelques bribes de langage ânonnées sur les flancs de l’école), de vrais sans-papiers, que la première police de caractère venue pouvait sans remords toiser d’un regard peu amène. 

Or les voici, aujourd’hui, devenus les arbitres des élégances de ce pays mythique, baguenaudant par-ci, devisant par-là, jugeant par devant, tranchant par revers, d’Arthur Rimbaud, de sa sœur, de sa mère, et tutta la famiglia

Et pour quelle raison ? Pour avoir un jour trouvé, dans le double fond d’une boîte à chaussures, une photo qu’ils ont crû, puis décrété, être une photo d’Arthur. Les paradeux sauvagement pouvaient bien s’étouffer d’enragement, nos amis avaient mis la main, puis le pied, sur la clef qui ouvrait la serrure ! 

Du moins le croyaient-ils alors, et peut-être le croient-ils encore ? Alors qu’il n’est, en ces contrées mythiques, ni clef à trouver, ni serrure à forcer, mais seulement des êtres (individus, médias…) de chair et de rêves, à séduire et à emporter. 

Que Rimbaud soit, réellement ou non, sur la photo se révèle – avouons-le – franchement secondaire. Lâchez dans les médias, le nom à deux syllabes, la plume froufroute sur le papier, les doigts clavecinent sur le clavier, et l’imagination fait le reste. Le premier contradicteur venu sera vu comme un gâcheur de première. 

Ce n’est sans doute pas un hasard si le premier conquis ne fut rien moins que le biographe préféré du poète. Il voyait enfin (ou croyait voir) le Graal tant attendu. Ce vieux pot des meilleures soupes. Le chaînon manquant de sa quête biographique, œuvre superlative de toute une vie. Et il accepterait sans barguigner que des hurluberlus qui n’ont pas gratté 2 pages sensées sur son héros, lui conchie (svp, prononcez « ratiocine ») son rêve ?! 

Jean-Jacques LEFRÈRE, légende

Affirmons-le aux lents d’esprit du marigot rimbaldien : les lointains cousins vous ont piqué le magot ! Nos amis libraires sont aujourd’hui les exécuteurs testamentaires officiels de l’héritage. 

Et pour exécuter, ils exécutent ! 

Comptez-vous !  
– Jacques BIENVENU sommairement expédié de quelques coups de guillemets bien appuyés, 
– DéDé les chaussettes, qui en a perdu la tête (et non l’inverse),
– JEANCOLAS, MOIX, et tant d’autres que j’oublie, 
– et même (aussi incroyable que cela paraisse, tant l’homme est pacifique), ce fut, tout récemment, le tour d’Alain BARDEL, dont les libraires posèrent (ô certes avec délicatesse !) la tête sur leur billot, sous prétexte (qui est dupe ?) d’une vague histoire de portrait d’AR faussement attribué à Fernand LÉGER. Nouvel écran de fumée. 

Nos amis font le ménage dans la ménagerie ! En quatre ans, ils sont devenus quelque chose comme les ambassadeurs patentés de la Rimbaldie, les seuls experts compétents à démêler le vrai du faux ( vraie oreille, faux Léger), les apparences des faux-semblants (aubade du lys à la verrue ?) sur tout ce qui concerne, de près ou de loin, Aden ou Rimbaud. 

Il n’est dorénavant donc plus besoin pour eux de revenir sur cette photo d’Aden qui les lança. On ne ressort pas de la poche son vieux ticket d’entrée froissé quand on a table ouverte au royaume d’Arthur. 

Ce serait maladroit. Et même une faute de goût.

Circeto (27/06/2014)

À Serge FILIPPINI, auteur de RIMBALDO

aux Éditions de la table ronde (il est vrai que le cycle Arthurien s’imposait)

« L’histoire racontée dans ce livre est une fiction. Elle met en scène 7 personnes figurant sur une photo prise à Aden en 1880. L’auteur a conservé leurs noms ainsi que certains éléments de leur biographie puisés à différences sources, mais la plupart des éléments qui contribuent à faire d’eux des personnages sont le fruit de son imagination » 

Jules SUEL est né le 17 mars 1831 à Aubenas, où son père exerçait le métier de tailleur d’habits. Le 7 février 1854, Jules se marie à Lyon – où il réside 4 rue Thomassin (second arrondissement) – avec Marie Magdeleine Antoinette PINET (de 4 ans ½ son aînée). S’il va sur ses 23 ans, Antoinette (et non Madeleine – prénom qu’elle détestait : nom de pécheresse ou de petite pâtisserie qui n’avait pas alors encore acquis ses lettres de noblesse) en a 28 ; Veuve d’un mari, épousé une dizaine d’années plus tôt, elle vient déjà de dépasser le mitan de sa vie. Si un SUEL a pu déniaiser l’autre, ce n’est donc pas celui que l’on croyait.

De même, sera-t-il difficile de faire de Mme SUEL – née au Monastier-sur-Gazeille, en Haute-Loire – une authentique champenoise (Anglure (sic)), d’autant qu’elle et son second mari ne se sont guère éloignés de la région lyonnaise avant leur embarquement pour Aden. De là à ce que le fouet lui tombe des mains, il n’y a qu’un pas de bourrée à faire.

La champenoise madame SUEL est plus vraisemblablement la seconde femme de Jules SUEL, Louise Caroline BÉNARD (de 8 ans sa cadette, Lucie dans l’intimité pour son seul Jules), que SUEL épousera à Aden, une année seulement après le décès d’Antoinette. Gageons que cette nuit-là, Jules sentit son sang se retourner avec plus d’acuité sous l’électrique caresse des lanières de cuir bouilli. 

On comprendra de facto qu’Antoinette rencontrera quelques difficultés d’ordre pratique à accueillir, au milieu des années 80 et au-delà de sa propre limite de péremption, avec émotion, frustration ou dédain, quelque information relative aux amours latines d’Émilie PORTE ou bien celle narrant le croc en jambe que la mort fît à RIMBAUD un sale matin de 1891. Quant à imaginer un hypothétique retour de sa part en métropole (qui plus est dans sa ville natale) au bras de son époux, ceci ne peut s’imaginer que les pieds devant (position assez contorsionnée et peu confortable soit dit en passant pour celui-ci).

J’avoue aussi avoir quelque mal (ô prosaïsme !) à me représenter Antoinette SUEL, 53 ans aux prunes, propriétaire du grand hôtel de l’Univers – le plus bel hôtel de Tawahi – faisant l’humble et la soumise, et donnant du « Madame » à une jeune demoiselle PORTE, gamine d’à peine 18 ans, belle fille du gérant du modeste hôtel de l’Europe. La gamine pouvait toujours se faire appeler Madame BIDAULT (ce photographe sans le sou ayant rompu avec sa famille d’aristos et à présent hébergé chez beau-papa), cela ne trompait personne.  Chacun ici savait que le mariage n’avait aucune valeur juridique (un seul ban avait été publié) et que l’enfant, qui sans doute un jour naîtrait de cette fausse union, ne serait qu’un bâtard de plus sur cette terre de misère (« autant ne pas avoir de progéniture », ajoutait-elle).

Augustine Émilie PORTE – comme sa sœur Anne Marie (malgré leur différence d’âge, 5 ans tout de même, les gens les prenaient souvent pour des jumelles) – était tout sauf une intellectuelle, une amoureuse des lettres. Qui sur ce rocher âpre aurait pu se prévaloir d’un tel loisir, d’une telle vanité ? Toutes deux par contre étaient vives et bien décidées à ne pas prendre racine dans cette région déshéritée (aucun arbre n’y poussait que tors), comme semblait s’y résigner leur mère. Les deux sœurs mettaient parfois quelque complaisance à peindre leur enfance en des tons chagrins, n’hésitant pas parfois à forcer le trait d’une once de cynisme (déguisement à leur pudeur ?). Elles n’étaient ni totalement orphelines, ni n’avaient été recueillies par deux gougnottes sanguines éprises de vieux livres et de photos jaunies. Leur père, cantinier aux armées (ingénieur dans leurs rêves), était certes mort à la guerre contre les prussiens, quand Émilie avait 9 ans, à Kédange sur Canner (« ça ne s’invente pas », disaient-elles), mais leur mère était irrémédiablement vivante. Si la France avait abandonné ses provinces de l’Est, leur mère lorraine, très patriote (elle travaillait chez un fournisseur aux armées et son mari, sapeur, ne pouvait quand même pas être mort pour rien), n’avait pas voulu se laisser dérober sa nationalité. En 1871, Marie PORTE, née SCHELLER, s’était occupée seule de toutes les formalités de départ. Quitte à devoir quitter la Lorraine, elle emmènerait ses filles vers les lointaines colonies. Le nouveau gouvernement n’offrait-il pas un petit pécule à tous ces émigrants ? Aden ne devait être qu’une escale vers Saigon, mais pour plein de raisons (sans doute toutes plus mauvaises les unes que les autres, estimaient aujourd’hui ses filles) toutes trois étaient finalement restées à quai, ici. 

Marie PORTE eut tôt déniché un emploi de femme à tout faire à l’hôtel de l’Europe. Dure à la tâche, capable, ambitieuse aussi, sa fonction évolua vite vers de plus hautes responsabilités (suivi des comptes, règlement des fournisseurs…) et se diversifia. D’abord modèle, puis maîtresse du gérant de l’hôtel, Charles Hyacinthe NEDEY*, photographe par passion et d’un an son cadet ; jusqu’à ce jour de février 1873 où elle devint officiellement Madame NEDEY. Charles était un homme aimable sur qui une femme pouvait compter, et, si Marie n’était plus en âge d’avoir d’enfants, il fallait bien donner un père à ses deux filles. Mme NEDEY craignait surtout ce qui pouvait advenir sous ces climats à certaines orphelines écervelées. Combien d’employées de maison, de servantes d’hôtel ne s’étaient-elles pas laissées engrosser par leur patron ? Pour sauver les apparences, les plus généreux trouvaient un garçon compréhensif qu’ils allaient parfois jusqu’à récompenser d’une petite dote. Pour les plus généreux !

Le bon père SUEL s’était lui-même trouvé dans cette délicate situation au début du printemps 1875. Anne PRADALIER, la vingtaine généreuse, était lingère à l’hôtel de l’Univers depuis près de deux ans. Le mariage fut arrangé avec le cuisinier de l’hôtel, Antoine COYE, brave garçon affublé d’un pied bot et d’un certain talent pour la misanthropie. Quelques courts mois plus tard, un petit Jules voyait le jour, prénom prouvant que cette fille simple avait dû éprouver une réelle affection pour le bon père. Et ce sentiment n’avait-il pas d’ailleurs été payé de retour ? La présence du bon Jules comme témoin au mariage d’Anne et d’Antoine (à côté de Jean-Baptiste Silvère RIMBAUD, chef de service aux Messageries Maritimes – le seul RIMBAUD qui apparaîtra dans cette histoire) ainsi que son paraphe attesté sur la déclaration de naissance de l’enfant éponyme ne seraient-ils seulement que les témoignages d’un sourcilleux service après-vente ? Je me plais à croire que non.   

L’arrivée d’Édouard Joseph BIDAULT DE GLATIGNÉ à Aden suivit de cinq années celle de la famille PORTE. Ce jeune aristocrate, qu’on soupçonnait d’être en rupture de ban, séduisit très vite chacun par sa nature calme, quoique sans concession, à laquelle s’alliaient un solide esprit pratique et d’indéniables facultés d’adaptation. A l’aise avec chacun, il frayait aussi bien avec le gradé britannique (tel ce franc maçon de capitaine HUNTER, pas encore major à l’époque !), le vice préfet apostolique de la mission ou les négociants de tous poils,  européens, parsis et natifs …Émilie (et sans doute aussi  sa sœur) avait de suite été fascinée par ce jeune homme à l’esprit bien tourné (comme on le dit d’une taille ou d’une phrase) qui avait un jour débarqué à l’hôtel de l’Europe pour sembler n’en jamais plus devoir partir. Malgré l’opposition formelle de sa famille (vieille noblesse mayennaise quelque peu retombée), Édouard Joseph épousa Emilie moins de 2 ans après en avoir fait la connaissance. Ayant trouvé en Charles NEDEY un mentor patient qui lui apprit à développer un goût, latent mais certain, pour la technique photographique, il fut bientôt envisagé que le gendre prît la succession du beau-père dans le petit studio de photographie attenant à l’hôtel. Un petit nuage pommelé passa devant les yeux d’Emilie. Qu’avait donc ce maudit rocher à les retenir tous ? Emilie était une fille amoureuse et pratique, elle cligna des paupières et attendit la suite. 

La suite :

En 1879/1880, Pietro FELTER est en Italie bien loin d’Aden, il ne partira pour sa première mission en Mer Rouge qu’en 1884. 

Au tournant des années 1879/1880, Maurice RIES sera envoyé à Hodeïdah par son patron – le négociant en café César TIAN – qui le juge apte, à l’issue de ses « quatre années de noviciat » exercées à Aden, à ses côtés, à ouvrir et tenir une agence sur la côte ouest de l’Arabie. Maurice RIES, qui fondera une « dynastie » commerçante encore à ce jour en activité sur la côte africaine, n’était pas exactement une nature fragile que ces climats indisposaient plus que de nécessité. Il ne séjournait ni ne faisait la sieste à l’hôtel de l’Univers. Tout au plus pouvait-il passer de temps en temps y boire un verre à la santé des affaires.

En 1879/1880, Henri LUCEREAU entend bien les chiens aboyer, mais ne voit aucune caravane passer.     

Le 28 octobre 1879, Pierre Joseph DUTRIEUX, venant de Zanzibar, débarque malade  à Aden. Il en repartira autour du 13 novembre. La photo dite du coin de table à Aden a été prise entre ces 2 dates, et plus vraisemblablement dans la seconde moitié de cette période  (présence de LUCEREAU en novembre, remise sur jambes de DUTRIEUX, minimum d’accointance entre les personnages / même si DUTRIEUX a déjà dû passer à Aden l’année précédente / départ de la 2ndeexpédition belge), soit donc entre le 7 et le 13 novembre.  

Fiction pour fiction, peut-être -visionnaires – fêtaient-ils le 11 novembre, anniversaire d’un futur armistice ? Toujours est-il que les sieurs REVOIL Georges et RIMBAUD Arthur sont à cette époque, totalement hors site et résolument hors champ. 

Hi ! Povero ! RIMBALDO !

Circeto (13/06/2014)

*Catherine MAGDELENAT nous fait justement remarquer que Charles NEDEY est entré bien plus tôt dans la vie de Marie PORTE, puisque son nom apparaît, en tant que témoin, sur l’acte de naissance d’Augustine Émilie, en date du 22 avril 1861, à Metz. Il était alors sergent au 3ème régiment du génie, le régiment auquel appartenait François PORTE. On notera que Charles et Marie, tous deux du même âge, étaient plus jeunes que François, de 15 bonnes années. Une fable peut-elle chasser l’autre ?

La Fac Lyon 1 ne répond plus !

(Lettre quelque peu débraillée adressée au docteur Brice POREAU, le 11 décembre 2014, et étonnamment restée sans réponse)

Bonjour M. POREAU, 

Je vous précisais à l’époque ce qui me conduisait à m’adresser à vous, à savoir la publication dans les principaux médias nationaux de votre travail de biométrie réalisé sur différents portraits du poète symboliste Arthur RIMBAUD. 

Je vous avais adressé en mai/juin derniers 2 mails restés malheureusement sans réponse. Mais sans doute votre adresse mail de l’époque n’était pas la bonne. Je vous réécris donc à cette nouvelle adresse qu’on me garantit bien être la vôtre. 

J’ai suivi, depuis sa découverte, les péripéties interprétatives de la photo trouvée par Jacques DESSE et ses camarades, et représentant un groupe de personnes sur la terrasse du grand hôtel de l’Univers à Aden, à la fin des années 1870.

Je m’attache particulièrement aux valses hésitations des experts sur le sujet. J’en ai compilé un petit florilège à ce sujet sur un blog. Si j’ai personnellement une position sur le sujet (Rimbaud ou pas Rimbaud), j’avoue ne pas être traumatisé si tel ou tel camp l’emporte. C’est beaucoup plus la forme qui m’intéresse – l’écume médiatique contemporaine, la douce folie qui s’empare des experts (autrement si sages) quand apparaît le nom Arthur RIMBAUD (rongé par les mythes depuis plus d’un siècle) – que le fond de l’affaire (AR sur la photo ou pas).

Je me suis bien entendu intéressé, dès avril 2014, à votre expertise très médiatisée et me suis rendu coupable à ce sujet de 2 articles (et d’un grand tableau Excel). 

J’y exprime très clairement la réaction qu’a provoquée en moi ce travail : celle immédiate de mettre mes pas dans les vôtres (vous nous donniez les données et la méthode) et de poser l’ensemble des calculs, en un mot de les vérifier (démarche scientifique basique vous en conviendrez). 

Et là je fus frappé par le nombre d’erreurs commises : erreurs simples de calcul déjà (erreurs de division), mais aussi, selon moi – mille pardons – erreur de méthode. 

Souhaitant avoir avec vous un échange honnête et de bon aloi, comme 2 scientifiques peuvent/ doivent en avoir, je vous joins le lien où vous pourrez trouver ces remarques, espérant que vous voudrez bien – par esprit scientifique – répondre aux critiques et interrogations que j’y formule. Vous y trouverez notamment le tableau Excel reprenant vos calculs. Dans l’attente de votre réponse, pour que de l’échange naisse une vérité.

Bien cordialement

Circeto

Et quelques commentaires, plus ou moins éclairants, sur la chose et les hommes, reçus alors sur mon blog d’outre Quiévrain…

Il y a du Monsieur Homais chez M. Brice POREAU (que se passe-t-il réellement dans son officine ?) : JB il y a quelques semaines avait signalé l’étrange disparition des liens concernant cette affaire.

Nous aurions voulu écrire vôtre : « Lettre à Monsieur le directeur du labo»: vous l’avez écrite. Nous ne demandons rien : nous demandons votre accord pour relayer cette lettre sur Rimbaud ivre, par exemple.

Écrit par : Alfonso | 09/12/2014

Alfonso n’a aucun titre pour demander une autorisation pour mon blog que je ne sollicite pas d’ailleurs.

Jacques Bienvenu

Écrit par : Bienvenu | 09/12/2014

Raoul Perrot, qui était le responsable de ce laboratoire d’anthropologie, nous informe sur sa page personnelle que le labo a été « arbitrairement fermé le 3 juin 2014 par l’administration de Lyon1 » (signalé par Bienvenu sur Rimbaud ivre). 
Le silence de l’Université Lyon1 était effectivement étonnant. Nous avons maintenant la réponse.

Écrit par : Courtial | 03/01/2015

1. Présentons tout d’abord, M. Raoul PERROT 
Dr.Sciences, Dr.Biologie Humaine
Professeur Honoraire
Expert Honoraire en Anthropologie Judiciaire d’Identification
Directeur Honoraire du Laboratoire d’Anthropologie Anatomique et de Paléopathologie
Université Claude Bernard Lyon1 / Faculté de Médecine Rockefeller
8, avenue Rockefeller / 69373 Lyon CEDEX 08

2. Le 9 décembre dernier, j’ai effectivement eu réponse de M. Raoul PERROT concernant la fermeture – qu’il estime arbitraire – du laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléopathologie : « Le Comité de Coordination des Etudes de Santé, en avril 2014, demande au L2APLyon de quitter, à la rentrée 2014/2015, le 4ème étage de la Faculté Rockefeller, sans proposer un local de replis! La raison avancée étant la restructuration du Domaine Rockefeller Santé,
de son côté l’administration du Département de Biologie Humaine (dont dépend pourtant le Laboratoire depuis ses débuts…en 1967!) décide, sans concertation :
de ne pas ouvrir en 2014/2015 l’enseignement Anthropologie, Ethnologie et Sociologie de la Santé (Master 1 Recherche Biomédicale), alors que l’habilitation ministérielle courait, pourtant, jusqu’en 2016!
et fait fermer arbitrairement le site du laboratoire, le 3 juin !
Je pense que vous pourrez apprécier le cynisme et la totale absence de reconnaissance manifestés par l’Université Lyon1! ». 


3. J’ai également profité de ce contact pour interroger M. PERROT sur le travail effectué par Brice POREAU au sujet de certains portraits d’un certain poète. Voici sa réponse in extenso : « Je suis l’inventeur de la Biométrique de Similarité et le travail réalisé par le Dr.Brice POREAU est en tous points conformes à mes recherches. En ce qui concerne Lyon1 ma remarque précédente vous permettra de comprendre son indifférence totale par rapport à cet excellente recherche qu’évidemment je cautionne ».

4. Lui faisant part des « flagrantes erreurs de calcul » relevées dans le travail de M.POREAU, M. PERROT me livra cette réponse : « Je n’ai pas jugé utile de vérifier les calculs de Monsieur POREAU et je dois reconnaître que je suis quelque peu étonné de « ces flagrantes erreurs de calcul », étant donné le sérieux de cet ancien étudiant avec qui j’ai d’ailleurs publié plusieurs articles basés sue le Biométrique de Similarité.
Un dernier point : j’ai oublié de vous préciser que le travail de Monsieur POREAU n’était pas une thèse mais un article paru dans les CLAB (Cahiers Lyonnais d’AnthropoBiométrie).

Cordialement. Raoul PERROT « .

5. En résumé, M.PERROT soutient (c’est bien le moins) la méthodologie appliquée mais reconnaît ne pas avoir relu le travail présenté (à l’instar de la presse unanime, ceci dit). 

Vu la célérité de réponse de M. PERROT et sa gentillesse à me fournir ces informations, je n’ai pas jugé utile d’argumenter avec lui sur le fond du sujet (je suis en effet très critique sur les erreurs de calcul de Brice POREAU mais aussi sur la méthodologie employée). J’ai donc préféré m’adresser – comme M. PERROT m’invitait d’ailleurs à le faire – directement à l’auteur lui même. Malheureusement, comme au printemps dernier, aucune réponse de M. Brice POREAU, quant à mon invitation à débattre avec lui sur le sujet, ne vint.
Fermons le ban ? 

Circeto

Écrit par : circeto | 03/01/2015

Lettre entrouverte à M. P… L…

(directeur au labo S2HEP/ Lyon 1)

Monsieur le directeur, 

En mars dernier, M. BRICE POREAU, présenté comme chercheur-enseignant associé au Laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléontologie de l’Université Lyon 1, faisait paraître une thèse qui fit alors grand bruit médiatique. 

M. POREAU, mettant en avant les derniers apports de la biométrique de similarité développés au sein de ce laboratoire déclaré dépendant de votre université, se répandait dans les revues, démontrant l’identité des portraits connus (adolescents) du poète symboliste Arthur RIMBAUD avec un portrait de ce dernier pris à l’âge mur, à Aden, à une époque où celui-ci pratiquait le commerce. 

De flagrantes erreurs de calcul ayant été détectées dans la thèse présentée par M. Brice POREAU, je souhaiterais savoir si M. POREAU appartient bien à votre université, de même que le laboratoire cité supra, et si l’Université Lyon 1 – et vous-même, Monsieur le directeur- couvrez le travail présenté, au nom de M. POREAU, dans les médias. Je suis en effet assez surpris de n’avoir lu (alors, ni depuis), de réaction officielle d’un représentant de l’université sur ce sujet. 

Aujourd’hui, cette thèse alors largement mise en ligne, a disparu du net et le laboratoire d’anthropologie anatomique et de paléontologie n’apparaît plus. S’agissait-il d’un canular, sans lien avec votre université, d’une dérive d’un établissement, ou bien soutenez-vous ce travail ? 

Si les médias n’avaient pas à l’époque tant relayée ces informations, je ne me serais pas senti le droit de vous importuner à ce sujet. Il en va bien entendu différemment vu l’impact médiatique constaté. Quelle est la vérité de Lyon 1 au sujet du travail de M. Brice POREAU, auteur de cette thèse ? 

Ne pensez-vous pas que la réponse officielle de Lyon 1 mériterait d’être transmise aux médias concernés (L’Express, Le Nouvel Obs, Le Point, Le Monde, etc.) ? 

Meilleures salutations

Circeto (12/07/2014)

RIMBAUD à Aden/ L’expertise biométrique

Ou

Quand Brice pris son pied … à coulisse (2ème partie)

« Sur la photo, c’était bien RIMBAUD » (L’Express), « Les experts ont identifié RIMBAUD » (Nouvel Obs), « Le cliché d’Arthur RIMBAUD adulte finalement authentifié » (Le Point), « RIMBAUD dans son jardin d’Aden » (Libération) : voici quelques-uns des titres définitifs, forcément définitifs, une nouvelle fois définitifs, publiés dans les magazines en ligne en ce début d’avril 2014 et – faute de goût – même pas le 1er. J’ai bien entendu un petit faible pour le titre de mon copain LEMÉNAGER qui nous sert d’entrée de l’ « expert », mon terrain de jeu favori.  

Il est donc écrit que les « experts » ont de nouveau frappé – et frappé fort – armés de leurs outils ad hoc(ces gadgets complexes inaccessibles au quidam moyen) et de leur compétence indiscutée (donc non discutable par le commun genre). C’est au demeurant ce que répètent à l’envi tous ces articles : « une étude biométrique », « la science se prononce aujourd’hui : une étude anthropométrique extrêmement fouillée » (retenons l’adverbe et l’adjectif, nous y reviendrons sans doute), « la biométrique de similarité employée en police scientifique », « une précision du centième de millimètre » (si, si !), « la science s’en est mêlée » (les pinceaux ?), « une expertise anthropométrique », « un nouvel élément de poids », « une étude détaillée », « une technique utilisée par la justice dans les cas complexes d’identification faciale ». La coupe est pleine, les jeux sont faits, la messe est dite ! N’en jetez plus !

Précision : le centième de millimètre (par vent de côté)

Qu’ajouter en effet après tout cela, comment ne pas prendre pour argent comptant, sonnant (mais surtout trébuchant) cet unanimisme ? La Science a parlé, il ne reste plus qu’à nous taire ! Jacques DESSE use à ce propos d’une phrase exemplaire, celle typique du lycéen de première littéraire face à son condisciple plus matheux (et, il est une justice en ce monde, nécessairement plus boutonneux) : « Nous n’avons bien évidemment aucune qualité pour juger de la pertinence de ce travail ». Nous ne serons pas non plus totalement dupes de la légère et BIENVENUe rouerie de la formule. 

Et justement dans le camp d’en face, comment réagit-on ? On a quand même là un prof de maths assermenté, blanchi sous le licol, qui pourrait se fendre d’un commentaire plus conséquent que ce piètre : « le sommet du grotesque ! ». Que vient donc faire le « grotesque » dans toute cette affaire ? A moins qu’il ne confonde os pariétal et art pariétal ! Au boulot, Jacques, réveille-toi ! (Il va aimer ça.)

Donc me voici en première ligne, avec mes petites mains, sans même l’aide d’un révolutionnaire pied à coulisse électronique (précision : le centième de millimètre), tentant de « juger de la pertinence » de la Science ici déployée. Dur labeur, tâche frisant – dans le sens inverse du poil, et tout de go –  la témérité !

Je commencerai donc prudemment par un léger échauffement, relevant les menues erreurs et autres gâteries semées ici et là par nos amis journalistes : 

  • Erreurs commises par nombre d’entre eux sur les taux de similarité mesurés par Brice (ne m’en veux pas d’être familier avec toi Brice, ce n’est là que mâle et aimable fraternité d’anciens boutonneux). Les libraires relèvent eux-mêmes ces petites erreurs de relecture ; 
  • Erreur également de date, commise par le journaliste du Figaro qui d’évidence ne sait pas que la « découverte » DUTRIEUX date la photo de quelques mois « avant » (novembre 1879) – et non, comme il l’écrit, «après » –  la date assénée (août 1880) par l’équipe des experts en librairie. Ce qui précisément exclut le sieur RIMBAUD de son coin de guéridon ; 
  • Ou encore celle de mon copain de l’Obs, qui s’interroge (allez savoir pourquoi ?) sur l’âge qu’avait RIMBAUD sur cette photo. Hé, Grégoire ! Pardon d’être familier – je sais que nous n’avons pas gardé les boutons ensemble – mais fin 1879 ou août 1880 ça lui fait pas une grande différence à l’Arthur : il avait alors 25 (vingt-cinq) ans aux prunes ! 

Bon, ces erreurs bien pardonnables une fois relevées, il va falloir maintenant, pour être quelque peu crédible, entrer soi-même dans la danse et fournir un travail aussi « fouillé » et « détaillé » que celui présenté par Brice ! Il y a, reconnaissons-le, une certaine facilité à le faire puisque l’étude de Brice POREAU fournit toute la matière première nécessaire : cet ensemble des mesures relevées par lui sur les différents clichés étudiés – cf. étude ci- après, en ligne sur le net  : http://www.laboratoiredanthropologieanatomiqueetdepaleopathologiedelyon.fr/CLAB%202014%20POREAU%20RIMBAUD.pdf

Brice POREAU  
(époque post pied à coulisse)

Il suffit donc bêtement de reprendre l’ensemble de ces données, de les passer à l’extrêmement difficultueuse moulinette Excel-ienne (merci Microsoft)et de regarder – magie de la science – sortir, uns à uns, les chiffres.  

A ce niveau-là, les mathématiques ne sont pas exercices très compliqués (pas de calcul différentiel ou autres vicieusetés), seulement quelques opérations simples apprises au primaire (addition, soustraction, multiplication et –allez, un peu plus dur – division). Nous commencerons donc par là ! Dernière parenthèse avant la route : la force des mathématiques tient à la magie du nombre, c’est cette symbolisation mystérieuse qui nous rend babas devant toute statistique bien assénée (chômage, PIB…). Les nombres et la magie qu’on leur confère sont porteurs d’une vérité d’autant plus imposante qu’ils nous restent lointains ou inconnus.  Brice nous fournit des tableaux. Mieux, des graphiques et des abaques ! Il nous classe des taux d’identité, et la presse applaudit sans même se pencher sur la méthode, l’exactitude ou la véracité des résultats donnés. Personnellement, je vérifie toujours les additions à la fin des repas. C’est donc ce que je fis ici aussi ! Fichu travers !

Quelques petits détails auraient déjà pu nous foutre la puce aux tréfonds de l’oreille droite : il est écrit et répété que le travail de Brice est rigoureux, fouillé – en un mot, scientifique – or on relève assez vite quelques menues bizarreries et erreurs semées par ci, mais tout autant par là : 

  • Ainsi le L33 ne servira à aucun calcul d’indice. Curieux ! 
  • Mieux, le I24 (L34/L36) indiqué est l’inverse exact du I25 (L36/L34). On aurait ainsi 2 indices pour le prix d’un. Généreux ! Il s’avérera à la vérification que le I24 est en fait égal à L35/L36 (toujours pas de L33). 

Voilà pour les fautes vénielles ! Vénielles certes, mais qui toujours entachent d’une fugace ombre suspecte le sérieux du travail effectué. Il n’y aurait donc pas eu relecture ? Mais que ne découvre-t-on pas plus avant, quand on reprend sous Excelle calcul des 35 indices (mesures I) effectué par Brice : d’incroyables erreurs de division ! Ma che fait la police (scientifique) !?  

Voici en effet quelques exemples que tout un chacun pourra vérifier aisément (s’il n’est pas libraire bien entendu) :  

  • Photo CARJAT 1, I25 = 79,47 (according to Brice) …en fait = 87,58 ; I26  = 78,60 (le monde mathématique selon Brice) …en fait 86, 62  etc. Ainsi jusqu’à I29.
  • Photo CARJAT 2, I22 (Brice) 37,98 …en fait 74,51 ; idem erreurs sur I23, I24, I26 et I30
  • Photo Communion : erreurs sur I1, I2, I4, I5, I6, I21 et I34

Je suis sûr que vous ne me croyez pas ! Alors, posons ensemble un calcul ! Pouf-pouf ! Photo CARJAT 2 : I22.  I22 = L28/ L27. Or Brice donne les valeurs suivantes pour L27 = 54,76 et L28 = 40,8 ; faites alors la division L28/L27 = 40,8 / 54,76 vous trouverez 0,74506 – ce qui multiplié par 100 donnera 74,51, et non 37,98 comme l’indique dans son tableau Brice. C’est itou pareil pour les 16 autres erreurs !!!

Vous comprendrez donc qu’à ce niveau d’erreurs, je garde un léger doute sur le sérieux du travail accompli (qui vérifie les calculs ??) et de factosur les résultats fournis, car ces erreurs de calcul changent bien entendu du tout au tout les résultats présentés à grand renfort de tambour. Le classement des ressemblances relatives auquel parvenait Brice POREAU est totalement chamboulé du fait de ces erreurs de calcul.

Prenons l’exemple le plus criant du chambardement apporté lorsque l’on corrige de leurs erreurs les calculs de Brice POREAU : la comparaison entre les 2 portraits de RIMBAUD (Arthur) par CARJAT (Etienne). 

Brice POREAU mettait en évidence dans ses calculs erronés une identité à 98 % (la meilleure), preuve disait-il que la méthode employée était donc parfaitement adaptée, puisque la comparaison des 2 portraits faits par CARJAT à la même époque était un bon étalon de la pertinence de l’outil utilisé. Eh bien, pas de chance ! Une fois les indices de CARJAT 1 et CARJAT 2 corrigés de leurs erreurs, nous obtenons – parmi les différents « couples photographiques » comparés par Brice POREAU – le pire sigma arithmétique (et le 2ème plus mauvais résultat en ce qui concerne la moyenne) précisément pour cette comparaison des 2 portraits de RIMBAUD tirés par CARJAT . Nous pouvons par conséquent déjà déduire de ce mauvais étalonnage que la méthode utilisée par Brice n’est absolument pas adaptée au travail d’identification entrepris, puisque ce sont précisément les portraits d’évidence les plus proches (tirés d’un même modèle à la même époque par le même opérateur) qui apparaissent les plus dissemblables, comme le montre le tableau suivant. 

Comparaison portraits 2 à 2
(après correction des

erreurs de calcul)
SigmaMoyenneNombre
d’indices
CARJAT 2 – Aden1,450,0435
FANTIN-LATOUR – Aden-6,46-0,2229
Communion – Aden-8,24-0,2435
CARJAT 2 – Communion9,690,2835
Sheik-Othman – Aden16,341,0915
CARJAT 1 – Communion-18,11-0,5235
CARJAT 1 – Aden-26,35-0,7535
CARJAT 2 – CARJAT 1-27,8-0,7935

Et je vais plus loin en disant que ceci n’est absolument pas surprenant dans la mesure où le calcul du sigma arithmétique (c’est-à-dire l’addition des écarts d’indices) pose d’entrée un sacré problème de logique ; problème qui m’inquiète beaucoup si effectivement la méthode suivie par Brice est utilisée par la police scientifique (ce dont personnellement, je doute).

 Je m’explique », comme dit l’Autre. La méthode utilisée par Brice et son labo est la suivante : à partir de la mesure de certaines distances prises sur 2 visages, on divise entre elles certaines de ces mesures pour n’avoir que des mesures relatives et non absolues ; ceci de façon à comparer des photos présentant des personnages à des échelles ou dans des positions différentes. Ensuite, pour chaque indice, il est calculé l’écart existant entre 2 photos : par exemple I22 CARJAT 2 – I22 CARJAT 1. On obtient ainsi pour 35 indices, 35 mesures d’écarts. Un problème de méthode se pose juste après : les écarts sont soit positifs, soit négatifs, ils ne sont pas tous du même signe ! Or la méthode employée par Brice (son  sigma arithmétique ) va additionner entre eux les écarts négatifs et les écarts positifs, entraînant nécessairement une réduction mathématique de ces écarts puisque les – annulent les +. 

Un exemple simple permet d’illustrer ceci : imaginons 2 portraits identiques ; nous faisons nos mesures, puis nous calculons nos indices. Ils seront nécessairement identiques sur les 2 portraits. Les écarts d’indices calculés entre la première photo et son double seront donc tous égaux à zéro.  Le sigma arithmétique (addition de ces écarts d’indices) sera par conséquent lui aussi égal à zéro (idem pour la moyenne arithmétique, qui n’est que la division du sigma par le nombre d’indices considérés). La ressemblance sera, conformément à l’abaque d’identité de Brice, de 100 %. CQFD donc ? Mais alors ceci marche bien, que nous racontez-vous alors, môssieu Circeto le beau parleur ? 

Oui bien sûr on dirait que ça colle, mais avec la méthode de Brice POREAU, j’obtiendrais exactement le même résultat et le même taux d’identité (100%) en partant de photos très différentes pour lesquels les écarts positifs et les écarts négatifs s’annuleraient exactement, par exemple écart I1 = +400, écart I2 = -400. Pour cet exemple, le sigma arithmétique sera là encore parfaitement égal à zéro. Or on comprend que -400 et + 400 ce n’est pas pareil (quant à la ressemblance de 2 portraits) que 0 + 0 (oui je sais …égal la tête à FRÉROT).

Conclusion : Ce n’est pas une somme des écarts qu’il faut réaliser, somme dans laquelle les écarts dans un sens (+) sont gommés par les écarts dans l’autres sens (-), mais la somme des valeurs absolues de ces écarts. 

Rapide rappel aux non boutonneux : valeur absolue de + 400 = 400, valeur absolue de -400 = 400. Là, dans cette addition de valeurs absolues, les écarts s’ajoutent toujours, au lieu de se supprimer les uns les autres. Ainsi dans le cas de la comparaison de 2 portraits identiques, on obtiendra bien toujours 0 comme résultat de la somme (et donc la parfaite identité 100%), mais dans le cas de portraits présentant des écarts de -400 et de +400, on n’obtiendra plus zéro comme résultat du sigma arithmétique, mais 800. On parvient ainsi, par l’addition des valeurs absolues des écarts, à différencier ces 2 cas fort différents. Et c’est plutôt rassurant !

C’est donc cette méthode de calcul de la somme des valeurs absolues des écarts que j’ai appliquée aux données (corrigées de surcroit de leurs erreurs de division initiales) fournies par le pied à coulisse très haute technologie de Brice POREAU.

Comparaison portraits 2 à 2
(après correction des

erreurs de calcul ET
emploi des valeurs absolues)
SigmaMoyenne Nbre
d’indices
CARJAT 2-CARJAT 173,362,5335
CARJAT 2 – Communion150,944,3135
CARJAT 1 – Communion151,484,3335
Sheik-Othman – Aden82,255,4815
CARJAT 2 – Aden196,235,6135
CARJAT 1 – Aden205,725,8835
Communion – Aden252,947,2335
Fantin-Latour – Aden223,677,7129

Et les résultats obtenus paraissent indéniablement plus convaincants que ceux trouvés par sa méthode, puisque je retrouve ainsi 2 propriétés essentielles de la similarité que j’étais bien incapable d’obtenir avec la méthode de calcul utilisée par Brice. 

A savoir :  

  1. L’identité maximale (moyenne la plus basse) s’applique maintenant bien à la comparaison des 2 portraits de CARJAT entre eux. Ensuite viennent les comparaisons CARJAT 2 – communion  et CARJAT 1 –communion). Un ordre assez logique quoi !             
  2. L’identité est une relation transitive : si A est identique à B, et B identique à C, A doit alors être identique à C. Or cette propriété n’apparaissait pas non plus dans la méthode de Brice (voir tableau plus haut), alors qu’elle est de fait présente dans le tableau suivant établi sur la base des valeurs absolues : C2 est proche de C1, C1 est proche de communion, donc C2 est proche de communion. On retrouve bien là l’enchaînement qu’on avait perdu avec le sigma arithmétique calculé selon la méthode de Brice.

Résumons-nous ! Une étude est présentée par toute la presse pressée comme « détaillée », « scientifique », en un mot imparable. Or il s’avère, qu’elle est bourrée d’erreurs de calcul et non adaptée à son objet. La somme d’écarts positifs et négatifs ne peut en effet donner qu’un résultat totalement aléatoire, comme il apparaît dès que l’on corrige les tableaux et résultats de Brice de leurs erreurs de division initiales. 

Je vous laisse donc conclure sur le sérieux des résultats et des conclusions annoncés dans la presse, à grand renfort de lignes, quelques jours seulement après la parution de la thèse dans une revue des plus confidentielles. Du beau service après-vente !

Pas de doute, les EXPERTS ont une nouvelle fois frappé – fort à côté ! Mais nul doute que Brice POREAU répondra de façon étayée à l’analyse critique formulée ci-dessus qui est – j’insiste là-dessus – toute sauf ad hominem.

Circeto (29/04/2014)

PS : pour les plus courageux, je tiens à leur disposition le fichier Excel détaillant les calculs et généralisant la méthode à l’ensemble des couples de photos possibles (5+4+3+2+1 = 15). 

RIMBAUD à Aden/ L’expertise biométrique

Ou

Quand Brice prit son pied…à coulisse (1ère partie)

« Précision au centième de millimètre » – Brice  POREAU 

Avouons d’entrée mon innocence et ma naïveté ! 

Il y a un an – parvenu au bout du fastidieux jeu des 7 erreurs que j’avais eu l’imprudence de démarrer, en 2012, devant le florilège de billevesées (toutes plus étayées les unes que les autres) et d’articles (de plus ou moins bonne foi) relatifs à la découverte de la photo dite du coin de table adénique – j’avais constaté, avec plaisir, que les regards de la blogosphère s’étaient enfin tournés vers d’autres horizons et crû benoîtement que nos vaillantes troupes d’experts avaient regagné leurs chauds pénates. Ce qui me conduisit alors à faire de même, à la plus grande joie de mes charentaises fourrées d’exégète en chambre.   

Mais ne voilà-t-il pas qu’il y a quelques semaines un nouveau prurit galopant médiatico-expertorant se déclara soudain : le personnage masculin assis dans le coin droit de la photo était enfin « scientifiquement authentifié » comme étant le pote poète préféré de Verlaine, l’Arthur le plus célèbre des Ardennes (après Arthur Martin), en un mot (comme en deux) : Arthur RIMBAUD. 

Les fidèles – ceux qui du moins ont assisté d’un peu près aux épisodes précédents de l’affaire – se souviendront que cette expertise, cette authentification « définitive », n’est pas exactement la première, ni sans doute la dernière. Nous avions déjà eu droit au RIMBAUD identifié par son biographe préféré, RIMBAUD identifié par l’expert en photographie, RIMBAUD identifié par son « bec de lièvre »  etc… Je cite de mémoire ayant mieux à faire que relire la prose journalistique de l’époque. Celle d’avril 2014 suffit en effet à m’égayer. 

Articles de presse en ligne, les 9, 10 et 11 avril 2014  : Authenti-fiction ?

Nous avons ici le coutumier exemple de contagion médiatique propre au temps du web, où l’on ne vérifie pas ses sources (on n’en a ni le temps, ni sans doute la compétence), où l’on veut offrir du neuf à tout prix – et plus vite que son concurrent – sachant parfaitement que ces articles de 15 lignes seront aussi vite consommés et oubliés qu’ils ont été pondus.  

Comme pour ce genre de controverse, il n’est guère fait de quartier entre partisans et opposants de telle ou telle thèse, il me semblerait utile et honnête que les auteurs de ces articles de presse ou de ce travail de recherche présentassent d’entrée au lecteur leur point de vue personnel, leur position sur le sujet (s’ils en ont une) et leurs motivations essentielles. Parlons franchement ! Il est, en ces matières et dans ces milieux, celui de la recherche, de l’édition et des médias, tellement d’intérêts entrecroisés (pécuniaires ou de notoriété, les 2 étant fort en rapport) et de liens d’obligés – voire d’affidés – qu’aucun article, aucun travail ne peut être tout à fait neutre d’arrières pensées. Il est également des personnes plus introduites que d’autres, il en est aussi de plus ou moins sympathiques, élément jouant un rôle non négligeable dans le cadre des interrelations humaines. 

A propos de cette polémique – « RIMBAUD ou pas sur la photo ?» – je dois à la vérité de dire que, comme beaucoup, je n’avais personnellement vu, au départ, aucune malice dans les 1ers articles, en date de début 2010, de J.J LEFRÈRE & Co, traitant de ce sujet. Un biographe, entouré d’une solide équipe de libraires, nous présente une photo de groupe où serait présent RIMBAUD. Qu’aurais-je bien pu y trouver à redire ? Mieux, je remarquais de fait, à tout prendre, une certaine ressemblance entre cet homme assis à son « coin » de guéridon (un défi aux lois de la géométrie ceci dit) et le portrait qu’Isabelle RIMBAUD avait dessiné de son frère vers la fin de sa vie (voire tracé de mémoire après sa mort) : celui d’un Arthur finement moustachu. Comme quoi, une ressemblance tient à peu de choses. Sauf bien entendu quand la police scientifique et sa batterie d’indéniables données s’en mêle !      

Mais j’eus, à cette même époque, le privilège –traînant mes guêtres et mon temps libre sur un site internet consacré à RIMBAUD (mag4) – d’assister à la mise en place de la controverse, d’observer en direct les uns et les autres agir, se débattre, s’invectiver, pour au final généreusement s’étriper à coup de menaces de procès. J’ai même pu (le croiriez vous ?) échanger un mail avec l’un des libraires. Non ? Si ! Ainsi, compris-je peu à peu que l’affirmation de départ (c’est RIMBAUD !), qui avait été présentée avec un bel aplomb comme une sainte évidence (et un soi-disant véritable travail de recherche ayant duré plusieurs années) – tenait seulement à quelque chose d’infiniment ténu, de terriblement subjectif : une « certaine » ressemblance. 

Je pus ainsi voir les découvreurs de la photo progressivement élaborer un argumentaire (de plus en plus riche d’information et de détails) qui, bâti sur des bases plus solides, aurait dû constituer un édifice intellectuel indestructible, mais n’était en réalité qu’un édicule de guingois, constitué de bric et de broc et qui plus est exhaussé sur des fondations très improbables. On nous conta une histoire, qu’on nous demanda de prendre pour argent comptant, où les premiers rôles étaient tenus par Georges RÉVOIL et Arthur RIMBAUD, sans qu’aucune preuve ne nous fût jamais apportée de leur présence sur cette photo. On nous noya de documents, de photos… Le must fut sans doute l’article paru en septembre 2010 dans la « Revue des 2 mondes » et intitulé « Histoire d’une photographie », monument iconographique en l’honneur des 2 héros. Il était important de faire disparaître, derrière un épais écran (de fumée) d’informations, de documents et de photos, la fragilité de l’hypothèse de départ, cette potentielle mais incertaine ressemblance sur laquelle tout leur travail reposait. Il était important de montrer au béotien qui suivait l’affaire de loin et à la presse, qui ne s’en approchait guère plus, ces indéniables preuves de l’acharné travail de recherche et de fouille accompli. Cette profusion de données et de renseignements devait logiquement conférer à nos amis une aura de sérieux, une réputation d’experts. Mais experts en quoi au demeurant ? En rimbaldologie appliquée ? En biométrie ? Ou en photos jaunies ? Ambiguïté jamais vraiment levée.

Sous une fausse apparence de complétude, le scénario imaginé – trop complexe, trop hétérogène – avouait, pour qui voulait bien les chercher, toutes ses faiblesses. La quantité d’informations fournies dissimulait avec complaisance l’absence de preuve évidente de la présence de RIMBAUD. En outre, la présentation de ces informations était souvent biaisée –non pas volontairement ni avec une quelconque volonté de rouerie, car nos amis sont, j’en suis certain, sincèrement convaincus d’avoir trouvé le saint graal arthurien, le chaînon manquant rimbaldien – mais par biais méthodologique, dû en grande partie à leur aveuglement.  

Peut-on, en effet, qualifier de scientifique et de sérieuse, une collation d’informations univoque, guidée par un présupposé ? Une recherche qui met systématiquement au rebut les données n’allant pas dans le sens souhaité et n’entrant pas dans le scénario choisi (cf DUTRIEUX, un barbu parmi tant d’autres) ?  A contrario, les informations apportées étaient essentiellement des données disparates, collectées au gré de leurs recherches, et qui avaient pour principal point commun et pour objet essentiel de toujours revenir à RIMBAUD. Ces éléments ne prouvaient aucunement la présence de RIMBAUD sur la photo, mais simplement l’omniprésence de RIMBAUD dans leur pensée.   

Si je ne mets pas en doute la sincérité de la démarche des libraires et consorts ni l’honnêteté intellectuelle de leurs intentions, je serai en revanche moins amène vis-à-vis d’une mauvaise foi assez prégnante et d’une intolérance régulièrement démontrée ( cf épisodes précédents), tout en ajoutant immédiatement que ces traits de caractère sont assez bien partagés par les 2 camps ( cf là aussi épisodes précédents). 

Souvent nos amis ont écrit que leur scénario était juste, du fait que leurs adversaires ne parvenaient pas à en montrer les limites ou les impossibilités (ex : RÉVOIL rencontre effectivement LUCEREAU à Aden en août 1880 ; LUCEREAU a pu – même si nous n’en avons aucune preuve – croiser RIMBAUD en coin de buvette ; le matériel photographique utilisé est compatible avec les années abyssiniennes de RIMBAUD etc…). Cet argument de fait à la base des sciences ; toute hypothèse scientifique peut être considérée comme valable tant que des observations ne l’ont pas invalidée. Mais à l’inverse, le modèle conceptuel d’origine ne peut être conservé si une observation l’infirme. Il reste alors à son inventeur deux solutions : soit complexifier le modèle de base, soit le jeter aux oubliettes de l’histoire (avec le géocentrisme, le créationnisme, le communisme ou la génération spontanée). La première solution est – ceci ne surprendra personne – souvent privilégiée à la seconde. Nos amis n’y ont donc pas fait exception, la découverte de LUCEREAU a exclu BARDEY de la photo, le surgissement à éclipses de SUEL a remisé DUBAR au placard etc…

Ptolémée avait tellement retravaillé le système géocentrique aristotélicien, afin de le rendre compatible avec les connaissances et observations de son siècle, qu’il en avait fait un monstre /chef d’œuvre de complexité. Et, à chaque nouvelle observation astronomique qui contredisait le rôle central confié idéologiquement à la planète terre, les successeurs de  Ptolémée ajoutaient un degré de complexité supplémentaire au système originel, donnant l’illusion de le renforcer alors qu’ils l’affaiblissaient toujours un peu plus.

Sphère armillaire d’Antonio SANTUCCI (1585)

Et Copernic n’eut plus qu’à remettre le soleil au centre du système du même nom, pour d’un coup abattre, par la simplicité de ce concept, ce fol édifice de sphères et d’anneaux imbriqués. Monstre au pied d’argile.  

De même, la « surprise » DUTRIEUX de 2011 mit à bas le scénario complexe édifié par nos amis, car ni  RÉVOIL, ni RIMBAUD n’étaient « DUTRIEUX compatibles ». Après une période de rejet épidermique au 1erdegré (le barbu de gauche n’est pas DUTRIEUX et tout poil ressemble à un autre poil), puis quelques sympathiques tentatives pour discréditer l’adversaire (ces dévots, ces entre-guillemets), nos amis tentèrent, face à l’évidence  – comme l’avaient fait les successeurs de Ptolémée – de sauver, en le complexifiant, leur système idéologique nommé rimbaldocentrisme que l’on peut résumer par cet axiome « toute photo du XIXème siècle prise à Aden comporte un RIMBAUD caché dans le paysage ». On chercha d’abord à faire accroire que DUTRIEUX aurait pu revenir à Aden en août 1880, et RÉVOIL serait alors bêtement resté hors cadre, caché derrière son pied d’appareil photo. Mais cette hypothèse fut vite abandonnée car un chercheur allemand (PABST) prouva que DUTRIEUX se la coulait douce, en Egypte, cet Été-là. 

Un nouveau scénario fut alors élaboré, mais l’air de rien, car à trop changer de scénarii on risque vite de perdre en crédibilité. En outre c’eût été reconnaître que DUTRIEUX avait définitivement chassé RÉVOIL, le véritable socle du scénario élaboré en 2010. Ce fut donc la théorie de l’improbable (mais encore faudra-t-il pouvoir le démontrer noir sur blanc, se disaient-ils peut-être ?) passage de RIMBAUD à Aden, dès la fin d’année 1879 (juste pour être sur la photo avec DUTRIEUX ). Un ballon d’essai en ce sens avait déjà été lancé, de mémoire en 2013, sobrement résumé sous le titre « RIMBAUD, pilleur d’épaves ? ». Le poète n’avait-il pas au demeurant écrit à ce sujet l’un de ses plus beaux vers : « – la nuit vient, noir pirate aux cieux d’or débarquant » ?

À l’époque, cette hypothèse n’avait été présentée qu’avec beaucoup de précaution, s’appuyant sur un vague témoignage. Il faut dire que Jean-Jacques LEFRÈRE était sans doute le mieux placé pour savoir que ce scénario n’est en rien corroboré par la biographie (connue) de RIMBAUD. Gageons dès à présent que ce scénario resurgira un jour futur – non plus comme simple hypothèse ou jeu de l’esprit – mais bien comme argument dernier destiné à sauver lerimbaldocentrisme. Sachons que ce sera aussi son ultime rapetassage.   

En attendant ces jours de glaciation, le mieux serait quand même, pour nos inventeurs du rimbaldocentrisme de ne pas avoir à faire usage de cet ultime scénario, dont l’inconvénient majeur serait de devoir reconnaître que le scénario initial, soi-disant fruit de tant d’années de recherche et présenté jusqu’ici au public à grand renfort de documents iconographiques, est bon à foutre au feu.  Le mieux serait tout de même de faire la démonstration hors sol (c’est-à-dire hors temps et hors environnement humain) que l’homme assis à droite de la photo est indubitablement Arthur RIMBAUD. Or quoi de mieux qu’un expert en biométrie pour cela ?  

Nos amis ont toujours eu de la chance. Il faut dire que cette chance à un petit nom magique : Arthur RIMBAUD. Le poète devenu mythe attire le regard des bonnes fées. A ce nom, les portes s’ouvrent d’elles-mêmes, sans qu’on ait même à prononcer Sésame : le descendant des LUCEREAU adresse au biographe une photo de RÉVOIL, GUNTHERT propose son expertise photographique et, dernier en date, Brice POREAU publie, à grand renfort médiatique, son analyse biométrique (police scientifiquement certifiée).  


6 jours seulement après sa parution dans les célèbres Cahiers Lyonnais d’AnthropoBiométrique, la thèse de Brice POREAU, faisait les titres des journaux nationaux
Bravo !

Mais comme dans les contes, il est des bonnes et des mauvaises fées. Et puis des qui se prennent les pieds (à coulisse) dans le tapis !    

Circeto (28/04/2014)

RIMBAUD à Aden/ Le jeu des 7 erreurs

Erreur n° 7 : Arthur RIMBAUD, la légende « toute goldée » (suite et ouf !)

« Pour les naufragés »- A. RIMBAUD

Comme il est écrit dans l’article d’Histoires Littéraires d’avril 2010 ( ça ne nous rajeunit pas !), tout a commencé pour nos découvreurs en photo rimbaldo-yéménite par un flash de pure subjectivité, valant son pesant de plumes d’autruches : « Parmi ces Européens (…) celui qui est assis sur la droite et qui semble le plus jeune, attire l’attention, tant par la singularité de son attitude que par l’intensité de son expression. Ce regard sans aménité nous rappelle quelqu’un ».

Chacun de ces termes est pour le moins sujet à caution. En effet, en quoi l’attitude de cet homme est-elle « singulière » comparée à celle de ses compagnons de fortune, et peut-on raisonnablement qualifier son expression d’«intense» ? L’homme certes fixe du regard l’appareil, mais il n’est pas le seul ( ainsi fait Lulu, démon explorateur), et en quoi ce regard peut-il être jugé peu « amène » ? S’il est vrai que l’homme ne se fend pas la pêche, on notera qu’il en va de même d’à peu près tous ses commensaux, tant les photos d’époque, avec leur temps de préparation et de pose, ne se prêtent guère au code hollywoodien du sourire plein dentier. 

Quant à savoir si « ce regard nous rappelle quelqu’un », je demanderais bien son avis à Verlaine, mais il est en voyage.   

On ne peut ici que constater une nouvelle fois la naïveté déconcertante de l’éternel rimbaldien, pour qui – ontologiquement – un maudit poète, à chaque instant de sa vie, se doit d’être « singulier », présenter une expression forcément « intense » et, cela va de soi, « attirer l’attention » de chacun. Un truc sans doute écrit dans sa prose, sinon inscrit dans ses gènes !  

Dire que ce sont les mêmes qui se gaussent « sans aménité » de leurs (pourtant) semblables, leurs frères en patenôtres, ces autres fans énamourés qui refusent d’imaginer, une seule seconde, le poète dans ce personnage assis, le jugeant, tout au contraire, palot, falot, à la tête banale, une vraie « gueule de con » ! Ainsi, J-J LEFRÈRE, dans un article publié dans le Magazine Littérairede juin 2010, traitait-t-il ces hurluberlus de « dévots » fascinés par « leur idole », sans paraître goûter la saveur auto-ironique du propos.  

On peut donc constater qu’un même préjugé, une même Dévotion (RIMBAUD, comme le CHE ou Eva JOLY, est par essence différent de l’humain genre, et ça se voit forcément sur le cliché !), appliqués à un même portrait, peuvent conduire à deux interprétations diamétralement opposées, une fois passé le prisme irisé de la subjectivité.  

Une autre caractéristique de la subjectivité humaine est visiblement d’évoluer au fil du temps, en fonction des intérêts de la démonstration. Ainsi, d’article en article, verra-t-on, chez les mêmes auteurs, l’expression du visage du prétendu RIMBAUD se transformer peu à peu, en prenant toutes les subtilités du spectre émotionnel. D’«absente », « détachée », « butée » et « vide », au printemps 2010, cette physionomie deviendra, au temps des vendanges de la même année et dans la Revue des deux mondes, «concentrée », « curieuse » et même « avide » . 

Comment en outre ne pas être subjugué par le remarquable génie physionomiste dont font preuve nos experts ( talent déjà testé, avec le succès que l’on connaît, pour les frères BARDEY, RÉVOIL and Co) ? Contemplons le à l’œuvre dans cette poignante description qu’ils nous font des traits du visage :  « Si, en tenant compte de l’évolution de l’enfance et de l’adolescence à l’âge adulte (dans des conditions normales de température et de pression,  ceteris paribus sic stantibus), on compare le visage de ce personnage avec celui de RIMBAUD (…) l’identité des traits est troublante, pour ne pas dire flagrante ». Flagrance, quand tu nous tiens ! Suit alors une impeccable démonstration : « On retrouve ce visage ovale, cette chevelure remarquablement dense (traduire sans doute  « sans calvitie »), qui se dessine avec netteté sur le front, descendant légèrement sur ce front en une pointe un peu décentrée sur la droite (l’atavique décentrage à droite pilo-rimbaldien), les pattes très fines ; des oreilles similaires dans leur implantation, leur forme et leurs proportions (voire leur nombre) ; la même racine du nez, assez large entre les sourcils ; la forme de l’œil, le dessin de la paupière et celui de l’arcade sourcilière (…), ce regard très clair (…),  le bout du nez rond et les narines un peu échancrées ; cette petite moustache blonde que l’on retrouve sur les dessins d’Isabelle RIMBAUD représentant son frère (on picore par ci, on picore par là), cette bouche aux lèvres épaisses (…), le bas du visage, caractéristique (le reste ne l’était donc pas ?), avec ce menton rond et volontaire à la fois (yeap), ces renflements sur les joues de part et d’autre de la bouche, et ces deux bosses sous la lèvre inférieure, tous méplats et boursouflures (…) que l’on retrouve chez sa sœur Isabelle : « la marque de la famille » des RIMBAUD, prétendait Julien GRACQ » (flûte, lui aussi est en voyage !)

Et last but not least, comme disait Buster KEATON… « Enfin, la lèvre supérieure de RIMBAUD était dissymétrique, la partie gauche, au dessin confus, présentait un « manque », qui peut être pris pour une tache sur les photographies : on retrouve cette particularité, uniquecomme une empreinte digitale (sic), sur notre image ». Le célèbre « bec de lièvre » des RIMBAUD, en quelque sorte !

Que faire face à ce tant flot d’éloquence, sinon prendre le rouge au front et les jambes à son cou ?  D’autant qu’un joli montage photographique nous présente – côte à côte – dans les mêmes proportions et sous le même angle, un agrandissement du visage de l’homme assis à la terrasse et le portrait de l’« Arthurus robustus » de CARJAT (à résolument distinguer de l’ « Arthurus gracile » du même – ce portrait éthéré pour midinettes à l’étuvée et poètes en fleurs). Et là, le doute n’est plus possible, tous deux sont blancs, de sexe masculin, imberbes, avec des traits plutôt réguliers et un visage assez inexpressif. On note aussi qu’ils ont deux yeux, un nez, un menton droit et surtout le visage, de façon identique, légèrement tourné vers la droite. 

Mais qu’affirmer de plus ?  

L’un est un homme, l’autre un gamin. Bien malin celui qui pourra avancer une autre certitude sur le sujet. Si l’on est intellectuellement honnête, on avancera qu’il n’est pas impossible qu’il s’agisse de la même personne, et on s’arrêtera là. On cherchera alors à comparer ce soi-disant RIMBAUD de 1880 avec les autoportraits connus (même si peu nets) du RIMBAUD adulte du Harar (année 1883), et là le rapprochement tendrait plus à se dissiper qu’à se renforcer, mais ceci restant encore très subjectif. 

On tentera surtout d’identifier les autres personnages présents, afin de dater le cliché. C’est ce qui a été tenté et réussi. Nous savons maintenant que la photo dite du « coin de table à Aden » a été prise en novembre 1879, plus de 6 mois avant l’arrivée de RIMBAUD sur zone. 

Mais, comme il est difficile pour nos découvreurs de renoncer à leur rêve ! 

Personnellement je pense qu’ils n’abdiqueront jamais (même le jour où le petit moustachu leur sera livré, avec prénom, nom et matricule), car que valent des arguments rationnels face à une croyance solidement ancrée ?

La foi n’a nul besoin de preuves, n’est-elle pas son propre aliment ? 

Circeto ( 07/04/2012)

PS : Une dernière information que j’ai récemment apprise par un ami chercheur : En août 1880, Maurice RIÈS n’était plus à Aden. 

Il avait, peu de temps auparavant été envoyé, par César TIAN, à Hodeidah, pour y ouvrir une agence. Plus précisément, ce furent deux maisons de négoce de café, toutes deux françaises, qui ouvrirent chacune un comptoir à Hodeidah, en juillet de cette année-là : la maison « TIAN », avec Maurice RIÈS à sa tête, et la maison « MORAND, FABRE et Cie », avec un certain …TRÉBUCHET. 

– « TRÉBUCHET ? Vous avez dit TRÉBUCHET ? Le TRÉBUCHET, que rencontra à Hodeidah, en juillet 1880, Arthur RIMBAUD ?   

– « Ah non ! Suffit !! STOP !!! » 

RIMBAUD à Aden/ Le jeu des 7 erreurs

Erreur n° 7 (1ère partie ) : Arthur RIMBAUD, la légende « toute goldée »  

« Les contes osent tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît » – (M. Audiard)

Si pour Victor Ségalen – de passage à Aden, en 1909 – RIMBAUD était « une perpétuelle image » qui revenait « de temps à autre sur sa route », dans le conte de nos experts en rimbaldologie appliquée, la « chère image » du poète obstrue, quant à elle, tout le chemin. 

Une chère image (Libraires associés)

Il n’est, en effet, pas un personnage, un lieu, un fait qui ne soit cité sans être expressément relié – d’une façon ou d’une autre (surtout d’une autre) –  au maudit poète. Impossible dans ce récit de faire un pas sans tomber sur l’Arthur, impossible de regarder ailleurs et même, comme l’a démontré l’aménité de certains propos échangés, interdiction de regarder ailleurs ! 

Et tant pis si, pour ce faire, l’on mélange joyeusement les époques, l’on confond allègrement les causes et leurs conséquences. L’important n’est-il pas, pour nos experts, de créer du lien, un maximum de liens, comme autant de rets destinés à ficeler toute tentative d’imaginer un scénario alternatif au leur(re).

N’a-t-on pas d’ailleurs lu, sur le blog des libraires associés, que le scénario « DUTRIEUX- novembre 1879 » ne saurait être retenu, au prétexte (sans doute esthétique ?) qu’il ne laisse qu’un champ de ruines en lieu et place du majestueux édifice (château de cartes !), que leurs bons soins attentifs avaient bâti. « Mince de mince, on avait mis des noms sur tous les personnages, voilà qu’il va falloir tout recommencer ! ». On a pourtant vu dans les précédents épisodes ce que la plupart de ces noms valaient : un vrai feu d’artifices ! Mais, mieux vaut sans doute un joli conte en papier mâché qu’une vérité à reconstruire. 

Comment aujourd’hui ne pas sourire à la lecture de ce tout premier article où nos libraires  se targuaient d’avoir d’emblée fait preuve d’une prudence têtue, se gardant résolument de  prendre un rêve pour la réalité en reconnaissant RIMBAUD dans le premier venu sirotant son pastis à Aden. Qu’est-ce que cela aurait été sinon !

Ce n’est en effet aucunement un patient recollement de preuves concordantes et indubitables qui a conduit nos amis vers LE scénario RIMBAUD mais une simple impression (autosuggestion ?) de départ, benoîtement résumée ainsi : « ce regard sans aménité(ah bon ?) nous rappelle quelqu’un ! ». Intuition fugace, aussitôt élevée au rang de certitude ! 

Il est clair qu’il n’y a eu dans cette histoire, en matière d’enquête, qu’un travail de construction univoque visant à tirer irrésistiblement le scénario (par tous les poils de barbe des personnages) dans le seul sens de la présence du poète  sur la photo. 

Tous les chemins conduisent à RIMBAUD ? N’est-ce donc pas preuve parfaite qu’il est sur la photo ?  

Eh bien non ! C’est juste le signe que le scénario a été patiemment construit, puis courageusement retapé, enfin désespérément rapetassé, à partir de cette nécessaire (forcément nécessaire) présence. Il faut dire aussi qu’ils en avaient rêvé de cette photo : LA photo du poète au paletot idéal prise, à l’aube de sa seconde vie, à la terrasse d’un café ! 

Dans cette fable qui nous a été contée une année durant, RIMBAUD est la pierre angulaire, le mot magique inlassablement psalmodié par les auteurs. Un peu comme la case « départ » au Monopoly. RIMBAUD : toujours on y revient, et à tous les coups l’on gagne ! Alors pourquoi s’en priver ? 

Un vrai florilège ! Quelques exemples ? 

Cette photo a donc été prise sous la véranda du Grand Hôtel de l’Univers à Aden –  propriétaire Jules SUEL. 

– « Vous avez dit Aden ? Ah Aden !… ».

« Au cours d’une période qui dura plus d’une décennie, Aden allait constituer la résidence principale ou le port d’attache de RIMBAUD comme Charleville l’avait été jusqu’alors pour lui », écrit J-J LEFRÈRE, en avril 2010, dans un article d’Histoire Littéraire. Malheureusement faux ! RIMBAUD a de fait passé beaucoup plus de temps sur la côte africaine que sur la côte arabique. Aden au Yémen, à la différence de Harar en Abyssinie, ne saurait par conséquent être qualifiée de résidence principale du poète, tout juste de résidence secondaire. Détail ? Oui certes, détail, mais un détail qu’aucun biographe de RIMBAUD ne peut ignorer ! 

– «Oui, bon ! Mais vous avez bien dit « e Grand Hôtel de l’Univers » ? Ah le Grand hôtel !… ». 

Sous la même plume ailée, on peut lire que RIMBAUD « fréquentera régulièrement l’hôtel de l’Univers et y logera même quelque temps. Il s’y fera parfois adresser son courrier, y compris lorsque qu’il se trouvait de l’autre côté de la Mer Rouge ». Là encore, exagération, pour le moins ! Car comme l’écrivait (page 896) un célèbre et talentueux biographe de RIMBAUD : celui-ci « n’était pas homme à se promener toute la journée dans le secteur des citernes antiques, à hanter le bar de l’hôtel de l’Univers ou les tavernes indigènes ». De fait, lors de ces séjours à Aden, RIMBAUD résida quasi exclusivement à Aden Camp et non à Steamer Point (où se trouve cet hôtel) distant de plus d’une heure de route. Confondre les deux localités est un peu comme mélanger Passy et La Goutte d’Or, le métro en moins.

Le séjour avéré de RIMBAUD à l’hôtel de l’Univers ne semble pas avoir dépassé quelques petits mois – bien ciblés – au cours de la décennie 1880-1890 : grosso modo octobre-novembre 1885 et mai 1886. On ne saurait donc qualifier cette fréquentation de …régulière, et s’en servir comme élément de preuve pour accréditer la présence du poète sur la photo, puisque ce séjour est de plus de 5 ans postérieur à la date du cliché et tient essentiellement à une affaire commerciale ponctuelle que menait alors RIMBAUD avec Jules SUEL : l’affaire des fusils de Ménélik. A preuve, une fois l’affaire (mal) conclue, ces liens vont sérieusement se distendre. Plus de traces de RIMBAUD par la suite au Grand hôtel !

– «  Bon ! Jules SUEL, alors  ? Vous avez dit Jules SUEL ? Là ce n’est que du bonheur ! ». Sûr nos experts s’en donnent à cœur joie !  « Jules SUEL, le beau-frère de DUBAR, celui qui a embauché …(eh oui vous avez gagné !) RIMBAUD, à son arrivée à Aden », ce même « Jules SUEL, qui apportera le financement supplémentaire à…(je vous le donne en mille)  RIMBAUD» pour son commerce de petit matériel avec Môssieu MÉNÉLIK. On notera que cette dernière référence fait exact doublon avec celle ayant trait au Grand Hôtel (la célèbre mode du « 2 en 1 » des temps de crise !)

Allez, chers petits amis, une dernière brouettée pour la route ?… Tenez ! Dans la malle à trésors de Jules SUEL, nos amis ont dégotté d’autres photos. On doit l’une au photographe ALBONIS, et une autre représente un sieur NAUFRAGIO.

Top chrono, c’est parti :

– « ALBONIS ? Vous avez dit ALBONIS ?  Ce nom me dit quelque chose…voyons…mais oui ! ». ALBONIS : « ce commerçant gréco-indien, qui fréquentait César TIAN, importante personnalité d’Aden dont… (patience, ça vient, ça vient !) RIMBAUD fut l’associé dans les dernières années de son séjour en Abyssinie». 

– « Et NAUFRAGIO ? NAUFRAGIO ?? ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! Ce nom « est mentionné dans une lettre de…(non ! pas possible ? si, si !)  RIMBAUD, adressée à Ugo FERRANDI, le 30 avril 1889 : j’ai communiqué votre note à NAUFRAGIO qui vous salue (etc)…». 

Vous voyez bien, on n’y échappe pas ! Tous les chemins mènent à l’Homme ! Voilà pourquoi votre fille est muette, Allah est grand et RIMBAUD, sur la photo. L’érudition a du bon, quand même ! 

Mais rappelons certaines évidences ! L’affaire des fusils, qui met en relation RIMBAUD, SUEL et l’hôtel de l’Univers, se déroule plus de 5 ans après la photo ; l’ « association » RIMBAUD –TIAN (l’un était plus associé que l’autre) nous pousse au-delà de 1888,  et la lettre à FERRANDI jusqu’en 1889, soit plus de 9 ans (!) après le fameux cliché. 

Vous me direz : « Pourquoi se soucier des dates ? ».  

Ben, peut-être tout simplement parce que mélanger – l’air de rien –  1880, 1885, 1886, 1888 et 1889 est somme toute aussi sérieux pour un biographe, que, pour un exégète soutenir que le « Grand Hôtel » du poème en prose Promontoire– écrit avant 1875 – serait une indéniable référence au logis du bon père SUEL. Et peut-être aussi, tout simplement, parce que le RIMBAUD de 1880 (sans parler de celui de 1879 !) n’a que peu de rapport avec celui de 1885, 1886, 1888 ou 1889. L’un est un béjaune, tout juste échoué à Aden et découvrant un monde qu’il lui faudra apprivoiser, l’autre a déjà roulé sa bosse dans toutes les méharées du pays.  

Ceci ne veut évidemment pas dire que RIMBAUD ne connaissait pas le Grand Hôtel de l’Univers, ni Jules SUEL, avant 1885, ou qu’il ne rencontrât TIAN qu’en 1888.  Nécessairement, dans ce petit monde, les trajectoires des uns et des autres se sont croisées à certains moments, mais encore reste-t-il à savoir lesquels, et à ne pas les inventer à sa guise. 

Jongler, dans un même paragraphe d’article, avec les dates et les évènements, multiplier de façon systématique les rapprochements entre chaque lieu évoqué et RIMBAUD, chaque personnage pressenti et RIMBAUD, a tout de la construction stylistique nommée  « trompe l’œil intellectuel », dont le but serait de nous faire accroire que ces êtres n’ont jamais pu avoir d’existence autonome en dehors de RIMBAUD –  ce météore qui laissa leur vie irrémédiablement …inchangée.

Circeto (27/10/2011)

RIMBAUD à Aden/ Le jeu des 7 erreurs

Erreur n° 6. Frederick Mercer HUNTER:

« …le petit frère (il est aux Indes)… » : A. RIMBAUD

La première apparition du capitaine F.M HUNTER dans le conte de nos experts est concomitante de celle de l’explorateur Georges RÉVOIL et date de l’article de J-J LEFRÈRE, du 5 juin 2010, publié sur les sites internet de L’Expresset du Nouvel Obs.  

On y apprend notamment, qu’en août 1880 le capitaine HUNTER était le second assistant du résident politique britannique d’Aden et que son nom est cité dans la correspondance de RÉVOIL aux sociétés de géographie de l’époque. L’explorateur dresse de ce militaire un portrait sympathique, et le dépeint comme un homme féru de culture locale, auteur d’une grammaire somali, qui lui a rendu de signalés services. 

Dans cet article de J-J LEFRÈRE, le capitaine HUNTER n’est rien de plus qu’une simple connaissance de RÉVOIL parmi d’autres, tels le major G.R. GOODFELLOW ou le négociant César TIAN. Son jour de gloire n’est pas arrivé. Il devra patienter quelques mois pour apparaître à l’image.

Et pour cause ! 

En juin 2010, nos amis pensent avoir à peu près mis le nom sur chacun des personnages de la photo dite du « coin de table » (on sait maintenant ce que ces supputations valaient !), et il n’est donc besoin pour eux d’aller détailler la vie et l’œuvre d’un quelconque capitaine HUNTER, encore moins de s’enquérir de son portrait !

Ce sera le travail d’autres personnes, à commencer par votre serviteur.

Le 19 juin 2010, soit exactement deux semaines après l’article de J-J LEFRÈRE (mon système de datation perso, mon JC à moi !), un samedi-nuit (une nuit déjà quelque peu avancée, tirant sur le dimanche), je mettais la main et les yeux sur le portrait de Frederick Mercer HUNTER, en fouinant sur le site généalogique d’un de ses (pas tout à fait) descendants.

Frédérick Mercer HUNTER

Et là, je fus saisi par la très forte ressemblance de notre militaire avec l’individu en «pyjama » de la photo d’Aden. « Eureka ! » pensais-je, à l’instar de certains nageurs en petit bassin.

FM HUNTER (portrait inversé) ; moustache sépia.

Malheureusement, le temps de me remettre de mon ébaubissement, de rechercher mes grappes neuronales perdues et de saisir une calculette, force fut de constater qu’il y avait un léger problème : né en 1844, le capitaine HUNTER avait, en relative bonne logique et en 1880, 36 ans aux fleurs, ce qui d’évidence ne collait pas avec l’âge nettement plus avancé de l’homme trônant, en costume à carreaux, au centre du fameux cliché. 

A ce stade, mon seul espoir restait donc qu’HUNTER eût vieilli plus vite que de raison (soleil des colonies + cure régulière de brandy) et que ce portrait, montrant un homme d’apparence plus jeune que « Pyjama », au visage plus lisse et sans double menton, fût antérieur à 1880. Un double pari difficile à tenir, comme la suite allait le montrer.

Je devais en effet bientôt découvrir une seconde photo – cette fois facilement datable – de notre officier britannique, sanglé dans ce même uniforme galonné au col (un uniforme de colonel) et la poitrine identiquement piquée de deux décorations. Sur ce cliché de groupe, pris aux Indes, le 6 mars 1893, à l’occasion du mariage de sa fille Lilian (dite Lily), HUNTER est assis à côté de sa fille, parmi de nombreux invités (dont un Rajah), sur les marches de l’église où vient de se dérouler la cérémonie. HUNTER a donc 49 ans. 

Le colonel HUNTER, Lily, Harold, un rajah, des officiers et de nombreux figurants

Par conséquent, si  à 49 ans HUNTER parait plus jeune que l’homme au «pyjama » d’Aden, comment supposer (ne serait-ce qu’un instant …comme pourtant le feront nos experts en librairie dans leur pavé de septembre 2010 intitulé : « Histoire d’une photographie ») que l’homme au centre de la photo d’Aden puisse être ce même HUNTER … treize ans plus tôt ?  

Après la sensationnelle hypothèse de téléportation du docteur DUTRIEUX de Siout à Aden, en août 1880, serions-nous ici en présence d’une intrigante théorie de voyage dans le temps du capitaine HUNTER ? Il est vrai que nos amis sont rarement chiches en thèses hardies, car je ne puis croire qu’il s’agisse seulement de noircir des pages pour le plaisir.

Quant à moi, tristement dénué de toutes ces audacieuses qualités imaginatives, je gardai pour moi ma (pseudo) découverte, n’en faisant part, pour sa culture personnelle, qu’à la rédac’cheftaine du site RIMBAUD-Mag4, lui demandant expressément de ne rien mettre en ligne sur le sujet. Et, pour faire bon poids, bonne mesure, d’officiers so british, je lui joignis la photo d’un collègue d’HUNTER, au physique proche, le major Langton Prendergast WALSH… photo qu’on verra apparaître tout uniment, à côté de celle du capitaine HUNTER, dans le pavé littéraire de nos amis libraires de septembre 2010. Fichu hasard !  

A ce stade peut-être pensez-vous : « Mais où diable, veut-il en venir ? Insinuerait-il qu’il y ait eu percolation d’information entre « son » HUNTER de juin et le récit des libraires de septembre ? » 

A ceci, je répondrai de la façon la plus claire : « No ! Nein ! Niet ! Que nenni ! ». Oui, une percolation, une transmission d’information a existé et de façon avérée, mais elle est d’une autre nature !  Il manque en effet au récit, un dernier épisode. 

Le voici ! 

1erjuillet 2010 : ce jour-là un membre récent, mais très actif, du site RIMBAUD/ Mag 4, répondant au petit nom de Thalassa, et d’évidence grand connaisseur et amateur de photos et de cartes postales d’Aden – certains prétendront qu’il s’agissait de l’acquéreur de fameuse photographie –  mettait en ligne sur le forum du site le portrait du colonel HUNTER. Il avait visiblement suivi le même chemin déductif (un boulevard, avouons-le, mais encore fallait-il avoir la curiosité de le parcourir et nous fûmes très peu) que j’avais emprunté moins de deux semaines plus tôt, et était logiquement parvenu sur le même site généalogique britannique, à la même photo du colonel (Trouver H !).  

Et bien me croiriez-vous (un nouveau caprice du hasard, sans doute) : ce même 1erjuillet – quelques petites heures seulement après la mise en ligne du portrait de HUNTER – le responsable de ce site généalogique recevait un courriel, venu de France, sollicitant des informations sur notre brillant officier (du style : « avez-vous d’autres photos ? »). Je vous laisse le soin de deviner les nom et prénom(s) de ce contact.  Ce n’est pas Jean-Arthur RIMBAUD, mais j’avoue que vous brûlez !    

Deux mois plus tard, paraissait dans La revue des deux mondes, sous la plume conjuguée de nos amis libraires, cet article « RIMBAUD, Aden, 1880 – Une photographie », dans lequel, pour la première fois, le capitaine HUNTER – généreusement promu « major » avec quelques mois d’avance sur la réalité – pointait le bout (fort moustachu) de son nez, en plein centre de la photo du « coin de table », juste au-dessus du célèbre « pyjama » à carreaux.

Dans cet article, après avoir résolument défendu la thèse selon laquelle l’homme au costume à carreaux serait l’agent recruteur de RIMBAUD à Aden, l’aimable François DUBAR (voir épisode précédent), les libraires jouaient tout à coup les hésitants et glissaient subrepticement cette ligne : «Toutefois, les traits de cet homme au costume à larges carreaux présentent des points de ressemblance avec un autre militaire : le major (sic) HUNTER. Sa présence sur le cliché n’aurait rien d’extraordinaire tout comme le fait qu’il trône au centre », bien obligés quand même de reconnaître que « sa tenue semble assez invraisemblable pour un gradé anglais et le personnage paraît sensiblement plus âgé que l’était HUNTER en 1880 ». 

Côté invraisemblance, nous passerons charitablement sur celle consistant à imaginer (là aussi ne serait-ce qu’une seconde) un RIMBAUD débarqué de nulle part s’affichant en photo, moins de quinze jours plus tard, aux côtés du n°3 du protectorat ! 

Et pourtant, toujours en septembre, les libraires remettaient le couvert sur le sujet, dans leur « Histoire d’une photographie » (matrice de l’article précédent), et gratifiaient HUNTER de plusieurs pages et d’une annexe spéciale où nos amis, plaçant côte à côte les portraits de « Pyjama » et du colonel HUNTER, s’essayaient, avec une prudence de canidé roux, au jeu des 7 erreurs.   

A percolation, percolation et demi !

Circeto (07/07/2011)

RIMBAUD à Aden/ Le jeu des 7 erreurs

Erreur n° 5. François A(i)mable DUBAR :

 « Cachez les palais morts dans des niches de planches ! » : A. RIMBAUD

Il a été conté dans le précédent épisode comment, pour une bête histoire de bague au doigt, d’alliance, Jules SUEL se fit injustement chiper son fauteuil de maître de céans par son beau-frère DUBAR. 

Pour les tenants du mythe RIMBAUD, se croyant à tort forcés de dénicher, à la va-vite, un suppléant à SUEL, DUBAR avait le triple avantage de fleurer bon la cinquantaine, d’être notoirement marié à la sœur de SUEL et d’avoir recruté le poète aux élastiques près de son cœur à la factorerie BARDEY d’Aden, le 16 août 1880.

La présence du « demi-patron » du poète, au centre d’une photo prise précisément ce mois-là, pouvait indéniablement conférer du poids à l’hypothèse « RIMBAUD ». En effet, s’il semble ardu d’imaginer un RIMBAUD, à peine débarqué, paradant, « seul des siens », sur une photo de groupe de ressortissants européens, il est a contrarioplus facile de l’imaginer accompagnant le colonel DUBAR chez son beau-frère, à l’occasion d’une visite amicale ou d’affaires. 

Malheureusement, DUBAR n’ayant laissé aucun portrait à la postérité, cette identification restait spéculation pure, sauf survenue d’un appui extérieur miraculeux auquel seuls les biographes – ayant chambre sur cour et pignon sur rue – savent forcer la main. 

Tel fut le sens de l’amphigourique appel du 5 juin 2010 que J-J LEFRÈRE se décida à lancer, sur le site internet de l’Express, à destination de l’Inconnu :  « Quant au second, ce Pyjama portant alliance … nous ne tomberions pas des nues si quelque descendant de DUBAR nous apprenait, photographies en main, qu’il s’agit de son aïeul »ne s’épargnant au passage ni redondance, ni promesse d’une (forte ?) récompense en liquide : « Si quelque descendant de DUBAR retrouve un album de famille contenant une photographie du « colonel », il peut nous contacter sans hésiter, nous lui offrirons volontiers un verre 

Fut-ce malthusianisme ou tempérance, aucun descendant ne se manifesta. 

Mais ceci était finalement de peu d’importance tant nos experts se montraient sûrs de leur fait, arguant avec une objectivité qui ne cédait en rien à la rigueur : « Son âge et son attitude pourraient correspondre à ceux du vieux colonial qu’était DUBAR ».

Tout inconnu est moitié homme de légende ! De fait, DUBAR était encore moins « vieux colonial » que « vieux colonel », comme les éléments biographiques de cet ancien adjudant d’administration allaient malencontreusement vite le démontrer. 

Mais que savait-on, au juste, de DUBAR, au moment de la découverte de la photo dite du « coin de table » ? 

Seulement quelques bribes lâchées par RIMBAUD dans ses premières lettres écrites d’Aden et de Harar (un colonel en retraite qui n’hésitait pas à vous rendre un service ou deux), voire quelques traits tirés de Barr-Adjam, où l’on note que BARDEY n’aimait rien tant qu’affubler ses compagnons de prénoms postiches ; ainsi en faisait-il pour ses 2 « DUPOND » : D. Pinchard et P. Dubar (amour de la symétrie ou goût de l’inversion ?) 

« Nous avons trouvé récemment quelques précisions biographiques sur ce DUBAR, dont on ignorait jusqu’au prénom » : pouvait donc avancer J-J LEFRÈRE, dans cet article de juin, alors qu’un génie malicieux (le fantôme d’Alfred ?) le faisait, à son tour, traîtreusement buter sur le nom de baptême de DUBAR : ce « François-Amable », que nos amis s’entêtèrent, jusqu’au début de l’année 2011, à trouver fort…AImable !  

F- A DUBAR, « ce vieux colonial … ce vieux baroudeur … le doyen du groupe… ses voisins n’étant que de jeunes expatriés », ainsi le décrivait Jean-Jacques LEFRÈRE, dans ce fameux article, avec un plaisir de l’image exotique d’évidence puisée chez Pépé le Moko.

Avec ses babouches et sa tenue locale qui le font se fondre depuis tant d’années dans le paysage, on imaginait un DUBAR toujours prêt à dispenser quelque sage conseil à tous ces godelureaux – frais moulus des E.N.S.E. (Ecoles Nationales Supérieures d’Explorateurs), et éternellement partant pour faire profiter de sa longue expérience des colonies et du palu ses jeunes compatriotes souffrant de jet lag

Une description tellement criante de vérité qu’on humait déjà, à vingt pas (et malgré le vent contraire), cette bonne odeur de sable chaud, si caractéristique du Légionnaire mûri sous le harnais.

Et puis, voilà que, seulement deux mois plus tard, en août, dans La revue des deux mondes, sous la plume bifide de MM DESSE et CAUSSÉ, F-A DUBAR retrouvait soudain une place plus modeste, réduit au sobre rôle physiologique « d’aîné », « les autres, jeunes expatriés (étant) ses cadets ». On pouvait alors apprécier la notable évolution sémantique du propos et même, osons le dire, un discret parfum de tautologie. 

C’est que sans doute nos amis, à têtes enfin reposées, avec ce léger recul propice à la réflexion, s’étaient rendus compte que, de tous les personnes présumées réunies sur la photo, F-A DUBAR était, en août 1880, le plus « bleu bite » de tous, et de loin. 

En effet, DUBAR n’était arrivé à Aden (dans les colis de BARDEY) qu’au mois de mai de la même année, soit péniblement trois petits mois plus tôt. Alors qu’un LUCEREAU traînait ses bottes sur le Crescentdepuis trois fois plus longtemps, que RIÈS avait débarqué sur site quatre ans auparavant, que RÉVOIL sillonnait les parages depuis un bon paquet d’années, que BIDAULT de GLATIGNÉ se payait le portrait des Adénoïdes, de tous poils et toutes religions, depuis une longue paire de lurettes, et que même sa femme (cette péronnelle de 19 ans) avait durant son enfance usé ses fonds de jupettes sur tous les quais d’embarquement de Tawahi. 

Autant d’éléments concourant donc à mettre sérieusement en doute le scénario d’un F-A DUBAR trônant, au centre de la photo, en roi du pétrole et de la casbah, entouré de petits jeunes admiratifs, sous la véranda du bon père SUEL. 

Je me souviens avoir alors proposé à nos amis, manifestement dans le besoin, un scénario interprétatif diamétralement opposé, mais plus conforme à la réalité biographique de notre « jeune » colonial.  Ce scénario de secours ne mettrait plus en scène un « DUBAR l’ancien », « DUBAR le sage» ou « DUBAR le tatoué », mais au contraire un François-Amable DUBAR, un peu blanc-bec, moqueusement affublé par ses pairs goguenards d’un drôle de pyjama en raphia et d’une paire de charentaises, fumant un cigare « farces et attrapes » à l’occasion du traditionnel bizutage de bienvenue.

On s’ennuie tellement, loin de la mère-patrie !

Carte de voeux d’époque

Un scénario, somme toute, à peine moins crédible que celui proposé par notre célèbre trio d’experts ! 

Circeto (05/06/2011)